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Le jardinier de la forêt

Normand St-Pierre, propriétaire d’un vaste lot boisé à Saint-Claude, consacre sa vie à un « jardinage forestier » fondé sur des interventions respectueuses, la diversité des essences et la protection de la biodiversité. Il façonne patiemment une forêt durable qu’il souhaite transmettre.

Quand la forêt devient âme

Depuis ses vingt ans, Normand St-Pierre vit en harmonie avec la forêt. Propriétaire d’un vaste lot boisé à Saint-Claude, il se définit volontiers comme un « jardinier forestier » et aménage, par des interventions respectueuses, des forêts variées. Normand a hérité de la passion d’un père amateur de terres à bois, qu’il parcourait pour la chasse. Très jeune, cette influence le conduit à acquérir son premier lot. Durant sa carrière d’entrepreneur en isolation, ses hivers étaient consacrés à la forêt: marcher, observer, entretenir.

Photo de Normand St-Pierre

S’y ressourcer aussi

Depuis sa retraite en 2019, elle est devenue son activité principale, au point de devenir, selon ses mots, une « maladie », une passion dévorante qui l’appelle chaque jour.

Un agriculteur de terrain

Normand a bâti son savoir-faire par l’expérience. Il encadre son lot à bois, en grande partie jeune, à l’aide d’un plan d’aménagement élaboré avec le Groupement forestier coopératif St-François, où il a siégé comme administrateur.

Photo de Normand St-Pierre

Ce plan divise les lots, planifie les travaux et guide les éclaircies, le reboisement, l’entretien des chemins et la protection des peuplements sensibles. Son patrimoine couvre environ 600 acres, combinant plantations et secteurs de forêt naturelle. On y retrouve notamment des peupliers hybrides, des mélèzes, des chênes, des frênes, des sapins et des épinettes, auxquels s’ajoutent, dans les parties plus anciennes, des érables et quelques merisiers. Certaines plantations sont devenues des lieux de fierté.

Sa maison se trouve au cœur de l’une d’elles, entourée d’arbres qu’il a plantés et suivis durant des décennies. Chaque parcelle reflète un choix. Les arbres d’avenir, marqués d’un point bleu, jalonnent le site.

 

Défendre un modèle forestier durable

Normand décrit son approche comme du jardinage forestier. Il cherche à maintenir une diversité d’essences: les peupliers à croissance rapide cèdent graduellement la place à des bois francs ou à des conifères plus prometteurs.

Photo de sa terre

Sans intervention, la forêt tend à se refermer sur quelques espèces dominantes, au détriment de la qualité et de la richesse écologique. Cette approche s’étend aussi à la biodiversité. Les arbres morts debout sont désormais conservés pour la faune.

La lutte contre les espèces envahissantes, comme le nerprun, fait aussi partie de ce travail patient, mené à la débroussailleuse.

La forêt en crise

Sur le plan économique, la forêt récompense rarement l’effort investi. Certains hivers, les revenus couvrent à peine le carburant et l’entretien. Les débouchés se sont resserrés, entre Domtar, une usine de Windsor pour les petits diamètres, et quelques moulins pour les meilleurs billots. Les tentatives vers les États-Unis ou Trois-Rivières ont été peu rentables. Avec les fermetures de scieries, la marge des petits propriétaires diminue encore.

Travailler pour demain

Normand se définit comme un petit producteur forestier. Il ne vit pas de la forêt, mais il vit avec elle. Il sait que les peuplements qu’il façonne atteindront leur maturité bien après lui.

C’est précisément cette perspective qui le motive : transmettre à ses deux fils une forêt plus structurée, plus diversifiée et mieux préparée que celle qu’il a reçue.

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